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Vers une interdiction totale de la contention mécanique en psychiatrie d'ici 2030

Selon les données 2022 de l'Institut de recherche et documentation en économie de la santé relayées par Santé Mentale, près de 8 000 personnes ont été soumises à une contention mécanique lors d'une…

mis à jour 03 septembre 2026

Vers une interdiction totale de la contention mécanique en psychiatrie d'ici 2030

Selon les données 2022 de l'Institut de recherche et documentation en économie de la santé relayées par Santé Mentale, près de 8 000 personnes ont été soumises à une contention mécanique lors d'une hospitalisation sous contrainte en psychiatrie. Ce chiffre — 37 % des patients placés à l'isolement, dont 11 % contentionnés — sert de point de départ à une proposition de loi déposée par le député Michel Barnier, qui pose le principe d'une interdiction pure et simple de la contention mécanique en établissement psychiatrique, applicable au 1er janvier 2030. Pour la pratique thérapeutique, l'enjeu dépasse le symbole: il s'agit de transformer en profondeur les organisations de soins.

Pourquoi passer de l'encadrement à l'interdiction?

Le code de la santé publique présente déjà la contention comme une mesure de dernier recours. Pourtant, les chiffres nationaux montrent un recours massif, peu compatible avec cette hiérarchie. À l'inverse, 10 % des établissements déclarent un recours nul à la contention — preuve que des organisations alternatives existent. La proposition de loi s'appuie sur ce constat pour franchir un cap: non plus seulement encadrer, mais interdire, tout en laissant jusqu'en 2030 aux structures le temps de se réorganiser et de former leurs équipes. La période de transition évite tout vide juridique: le cadre actuel reste applicable jusqu'à l'échéance, chaque établissement devant démontrer sa trajectoire de transformation.

Quels leviers pour transformer les pratiques?

Trois axes opérationnels se dessinent. Premier levier: la formation des soignants aux techniques de désescalade, à la régulation émotionnelle du patient et à la prévention de la crise, fondée sur la relation plutôt que sur la contrainte physique. Deuxième levier: la réorganisation structurelle — unités de soins intensifs dédiées, présence renforcée de personnel qualifié, espaces d'apaisement. Troisième levier: un changement de culture soignante, où la contention n'est plus une réponse par défaut mais une exception documentée, tracée et réévaluée. L'exposé des motifs rappelle d'ailleurs que, dès 1793, Philippe Pinel à l'hôpital de Bicêtre voyait déjà dans l'enfermement des corps un obstacle à la réhabilitation des patients.

Que peuvent suivre les patients et leurs proches?

Pour les personnes concernées et leurs familles, trois points méritent attention. D'abord, connaître les recours actuels: registre des contentions, droit de saisine du juge des libertés, possibilité de demander la levée de la mesure. Ensuite, interroger l'établissement sur son protocole de gestion de la crise et sur sa trajectoire vers le zéro-contention — un indicateur concret du changement en cours. Enfin, garder en tête que la loi n'est qu'une proposition: son adoption dépendra du calendrier parlementaire. D'ici là, le cadre juridique demeure celui du dernier recours, et toute contention doit rester tracée, médicalement justifiée et limitée dans le temps.

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