Pourquoi la psychiatrie devrait s'inspirer des tests biologiques utilisés en oncologie
Selon un document de consensus publié par l'American College of Neuropsychopharmacology (ACNP), co-piloté par UCLA Health et relayé par Medical Xpress, la psychiatrie pourrait emprunter à l'oncologie sa logique de tests biologiques.

Pour les personnes souffrant de dépression, de schizophrénie ou d'autres troubles psychiatriques, identifier le bon médicament reste un parcours d'essais et d'erreurs. Cette feuille de route propose un changement de méthode: utiliser des biomarqueurs pour structurer les essais cliniques et, à terme, orienter la prescription.
Pourquoi deux patients au même diagnostic ne réagissent-ils pas de la même façon?
Le problème central est biologique avant d'être clinique. Deux patients partageant le même diagnostic peuvent présenter des mécanismes neurophysiologiques très différents. Les essais actuels regroupent pourtant les participants uniquement par symptômes, ce qui brouille les résultats. Un traitement efficace pour un sous-groupe apparaît alors statistiquement inopérant sur l'ensemble de la cohorte. Le même constat vaut pour l'évaluation individuelle en cabinet: sans outils de stratification, le clinicien ajuste à l'aveugle.
Que permettraient concrètement les biomarqueurs?
Les auteurs proposent d'intégrer dans les essais des signaux mesurables: marqueurs sanguins, activité cérébrale, données issues de dispositifs portables. Ces outils serviraient d'abord à constituer des sous-groupes plus homogènes, rendant les protocoles plus lisibles. Le second usage, plus prospectif, concerne le clinicien: choisir un traitement en fonction du profil biologique du patient, plutôt qu'en fonction de la moyenne du groupe diagnostique. Les auteurs précisent que les biomarqueurs peuvent déjà être utilisés dans les essais sans nécessiter un long processus d'approbation réglementaire — un malentendu qui, selon eux, freine le secteur depuis plusieurs années.
Ce que le lecteur peut intégrer dès maintenant
La feuille de route concerne la phase précompétitive de la recherche. L'usage routinier des biomarqueurs en cabinet reste une étape distincte, à venir. Trois réflexes restent toutefois actionnables:
- interroger le psychiatre sur les critères objectifs ayant guidé le choix initial du traitement;
- documenter avec précision l'évolution des symptômes, leur intensité et leurs déclencheurs — ces données affinent le réglage thérapeutique;
- se renseigner sur les essais cliniques en cours intégrant des biomarqueurs, en particulier dans les centres universitaires.
Le premier auteur du document, le Dr Sahib Khalsa, psychiatre et directeur de la recherche sur les troubles anxieux à l'UCLA Semel Institute for Neuroscience and Human Behavior, résume la logique du projet: doter cliniciens, chercheurs et régulateurs d'outils partagés pour observer la biologie derrière les symptômes, et ajuster le traitement dès le départ. La psychiatrie de précision, concluent les auteurs, ne naîtra pas de percées isolées mais d'une collaboration durable autour de standards et de données mutualisés.